La chronique de Godefroid de Bouillon

Jacques Collin de Plancy

La chronique de Godefroid de Bouillon

Il n'y a pas longtemps encore qu'il était de mode de condamner les Croisades. Les cœurs arides, qui ne voyaient qu'à leur superficie ces grands pèlerinages militaires, s'ils ne pouvaient en admirer le noble et généreux élan, auraient dû reconnaître pourtant que les Croisades achevèrent ce que Charles-Martel avait commencé vaillamment dans les plaines de Tours. Si les étendards chrétiens n'eussent pas porté subitement l'effroi chez les infidèles, les Turcs, qui ne prirent Constantinople qu'au quinzième siècle, s'en fussent emparés au douzième; les Sarrasins, que deux cents ans de combats retinrent en Asie, fussent venus alors, avec plus de succès qu'en 732, envahir l'Europe sans chef et divisée en mille petites principautés désunies .