Dom Guéranger abbé de Solesmes (Tome 2)

Un moine bénédictin

Dom Guéranger abbé de Solesmes (Tome 2)

CHAPITRE XII

CONCILES PROVINCIAUX, GALLICANISME ET LITURGIE
(1849-1852)

L'année 1849 vit appliquer en France une des plus fructueuses dis- positions du concile de Trente, la tenue des conciles provinciaux. Ce retour à l'ancienne discipline ne pouvait s'accomplir sans se heurter tout d'abord au quatrième des articles organiques où la volonté du Premier Consul avait décrété : « Aucun concile national ou métropolitain, aucun synode diocésain, aucune assemblée délibérante n'aura lieu sans la permission expresse du gouvernement. » Or en France les pouvoirs politiques qui se succèdent et se ressemblent le moins se transmettent pourtant comme un héritage la variété de toutes les dispositions hostiles à l'Eglise. Tout ce qui est limitation de ses droits semble acquis pour toujours. A ce titre le quatrième des articles organiques était cher aux canonistes d'Etat. Précisément à cette heure-là même la santé de M. de Falloux très gravement compromise l'avait éloigné pour un instant des conseils du ministère; il n'en était que plus facile au gouvernement, sans courir le risque d'aucune protestation, de prendre auprès de l'archevêque de Paris une initiative destinée dans sa pensée à sauvegarder les droits de l'Etat. Il invita l'archevêque à solliciter l'autorisation prescrite par l'article quatrième. Mgr Sibour n'eut garde de tomber dans le piège. Il se borna à répondre que demander cette autorisation équivalait pour lui à reconnaître à l'Etat le droit d'empêcher la tenue des conciles et à valider ainsi une loi radicalement nulle contre laquelle Rome n'avait cessé de protester. Un décret du 16 sep- tembre 1849 s'empressa d'octroyer une permission que nul n'avait sollicitée : il autorisait pour l'année courante la tenue des synodes et des conciles provinciaux.